Le Viking

Attention Spoil : Regardez la Saison 4 de Viking avant de lire cet article !
Vous pouvez retrouver cet article sur le site de
psychogitatio.fr , avec pleins d’autre « analyse psy » de vos séries et films préférés.

Le vent de l’ouest souffle, emportant les drakkars vers les fiords enneigés de la Norvège. La mer verte s’agite, chacun s’affaire alors ramant comme un seul être pour maintenir à flot le large vaisseau scandinave. A l’avant Ragnar Lothbrok, contemple l’horizon, il quitte vaincu le rivage des Francs, désormais trahi et défait.

Quel choix lui reste-il ? Affronter la colère des dieux ? Le regard inquisiteur des hommes du nord ? L’opprobre et la honte ?

L’exil, la fuite semble l’unique solution, quitter Kattegat pour se réfugier dans les montagnes hostiles du cercle polaire. Se retirer pour réfléchir, pour déconstruire ses fantasmes rêvés de conquêtes parisienne. Vivre un deuil, celui de l’abandon de son frère, en retraçant psychiquement sa propre histoire, finir par expérimenter peut-être la résilience fruit de cette introspection imposée.

Au-delà du côté spectaculaire – historiquement allégée – la série Viking offre un véritable intérêt par l’évolution psychique de ses personnages principaux.

Ainsi par une ellipse temporelle, la série élude cette errance. Le spectateur est alors en droit de se demander par quel processus psychique Ragnar est-il passé ?
Si le deuil est souvent associé à l’exil, celui-ci – selon Martine Luissier – pose deux questions principale : « celle de la Punition et celle de l’identité, qui peut aller jusqu’à la mort sociale ».

Deux éléments diffèrent donc du deuil normal : d’une part un sentiment de culpabilité ou de persécution qui se fonde sur une expérience réelle et d’autre part, il ne s’agit pas tant de faire le deuil de l’autre mais d’abord le deuil de soi entrainant un remaniement identitaire complet.

C’est donc chargé d’un lourd fardeau que le roi déchu revient à Kattegat, une profonde tristesse pesant sur ses épaules. Autour de lui tout semble avoir changé, tel Lazare revenu d’entre les morts, il ne reconnait pas ou peu ses proches. Son esprit et son jugement s’effondrent, l’énergie qui lui reste sera alors redirigée vers son funeste plan.

La mort est le propre de l’homme. Heidegger dans son livre Être et temps explique que seul, l’homme, « être pour la mort » meurt, parce qu’il a conscience de sa finitude. L’acte qui consiste à mettre fin volontairement à ses jours fascine et terrifie, car le suicide reste une tragédie. Dévalorisation, culpabilité, tristesse – autant de symptômes qui rongent l’homme du Nord et le poussent à penser qu’il est incapable du geste fatal.

Comment partir dignement ? La culture polythéiste scandinave refuse le « libre arbitre » et s’en remet à la volonté des dieux, au destin. La vie de chacun décidé par l’humeur d’Odin, Thor ou Loki. L’ordalie apparait donc être la meilleure des solutions à la douleur morale de Ragnar. Dürkheim a appelé suicide « tout cas de mort qui résulte directement ou indirectement d’un acte positif ou négatif, accompli par la victime elle-même et qu’elle savait devoir produire ce résultat ».

L’ordalie est-elle un équivalent suicidaire ?

L’ordalie, si ce mot désigne à l’origine le « jugement de Dieu », pratique médiévale consistant à mettre à l’épreuve l’innocence ou la culpabilité d’un sujet en fonction de sa survie ou non à divers supplices, ici il s’agit d’accepter le risque de mourir en s’en remettant à une entité ou à l’autre pour décider de son droit à la vie, c’est une démarche solitaire, hors des rites de passage et d’intégration admises par la société.

Traverser la mer avec un équipage composé de vieillard pour rejoindre les côtes anglaise, c’est traverser le Styx pour trouver le repos. Convaincre son homologue du Wessex, c’est forcer le destin, se livrer à Aele, c’est mourir. Et si le calme et la plénitude du Roi de Kattegat dans ses derniers instants peut surprendre le spectateur, c’est un état connu par les psychiatres appelé « Syndrome pré-suicidaire de Ringel » caractérisé par des idées de mort, une inhibition de l’agressivité et constriction psychique avec restriction du champ de la pensée et isolationnisme.

DiagnosticÉpisode dépressif caractérisé compliqué d’une crise suicidaire
TraitementAntidépresseur ISRS au long cours Benzodiazépine ou neuroleptique pour baisser l’angoisse les premiers jours
Prise en chargePsychothérapie Mise à l’abris dans un premier temps

La conversation

Anne, interne en endocrinologie et Jules, futur pédiatre, ont décidé d’aider les externes à faire leur choix de spécialités. Pour ce faire, ils vous proposent pendant tout le mois de mai des interviews d’internes. De la santé publique à l’orthopédie en passant par la médecine générale venez découvrir la spécialité qui sera peut-être la vôtre. J’ai eu la chance de discuter psychiatrie avec Jules, un ami de longue date. Retrouvez ci-dessus le live complet, et n’hésitez plus, rejoignez-nous en psychiatrie !

En cas de questions, les commentaires vous sont ouverts. Pour suivre Anne et Jules, rendez-vous sur Instagram. (@ped.urg et @la_martingale_ecni)

La vocation

En cette période de confinement, nombreux sont les isolés qui s’apaisent par l’introspection. Retrouver le sens, découvrir l’essentiel, résoudre les énigmes de l’âme devient alors la norme. Les soignants ne sont pas plus épargnés par ce mécanisme interrogatoire de l’esprit : les pratiques sont discutés, la parole se libère et maintes questions resurgissent. Cette crise sanitaire bouscule le corps médical, le pousse dans ces retranchements et certaines controverses refont surface.

La vocation.

Si « les trois unités », premier article de mon blog, raconte brièvement la raison de mon orientation vers la psychiatrie. Répondre à cette injonction « Pourquoi as-tu fait médecine ? » nécessite une réflexion plus profonde et délicate. Bien avant la pandémie, ce petit carnet noir de moleskine était déjà couvert de ratures et d’échos de ma pensée sur cet épineux sujet, mais cette infection en aura accéléré la résolution. Si le libre arbitre existe alors toute décision s’inscrit dans un récit, une narration, une suite d’événement expliquant le tracé sinueux de nos vies.

Le 23 février 1935, à Alger, un petit être pousse son premier cri : René. Sa famille, plus que modeste, a fui la Sicile natale, après une querelle quasi fratricide, pour trouver travails et logements sur cette terre où « tout semble calme et en harmonie sous le soleil bienfaisant ». Ce « bambino » est élevé, comme il se plait à le répéter, par des femmes – mères, sœurs, tantes et cousines – son père travaillant dur comme chauffeur de Tramway. Son enfance est ainsi emplie d’aventures ensoleillées, bercée aux rythmes des cigales et des accents italiens. Le 1er novembre 1954, il entre en première année médecine, son précis de dissection, et sa trousse d’anatomie en cuir fabriqué par le cordonnier Kader, dans son cartable. Le même jour a lieu la « Toussaint Rouge ».   

De cette époque, nombreuses sont les anecdotes partagées lors des repas familiaux : les ateliers de dissections, les visites interminables dans les services de médecines, les péripéties d’un jeune externe. Petit ses histoires me fascinent et René observe les yeux rêveurs de son petit-fils. Il narre avec de grands gestes comment en enfouissant son doigt dans une plaie sanguinolente il évita la mort au boucher qui s’était perforé l’artère fémorale avec l’une de ses lames. Il raconte l’arrivée de la pénicilline dans la pharmacopée, décrit avec détails les différentes étapes d’un accouchement à domicile.  Le conte familial pénètre ainsi mon imaginaire y déposant une graine, celle du soin.

Toujours drôles et joyeuses la transmission orale omet souvent la douleur et la souffrance. René couche sa tristesse sur papier. Un journal où il dépose selon ses propres termes « pêle-mêle » ses souvenirs, recherchant dans sa mémoire un sens à donner aux mots. Par des aller-retours entre le présent et son passé, il retrace son chemin, « Charlie-hébdo » et les atrocités de l’OAS et du FLN ainsi se mélangent.  Ce témoignage je le découvrirai à l’aube de mon internat car il est des récits qui nouent, malgré le temps, toujours les gorges.
« Nous sommes des déracinés » écrit-il souvent, de la Sicile à la France en passant par l’Algérie difficile pour lui d’identifier ses origines, chaque génération quittant, l’âge adulte venu, son sol natal.               

Suivant la pensée du philosophe Paul Ricoeur de son livre « soi-même comme un autre », si l’identité est narrative, si se sentir soi c’est raconter à soi et aux autres une version de son histoire alors quelles conséquences peuvent avoir ces « trous de mémoire » familiaux ?  Celle sans doute de perpétuer cet art qu’est la médecine. Étudier le soin, chercher la guérison c’est aider à la cicatrisation de ce traumatisme transgénérationnel. Comme dans le « Syndrome de Garcin », il m’appartenait donc de m’inscrire dans cette lignée, après mon grand-père, mes oncles et ma mère. Revêtir la blouse blanche, prêter serment et saisir le témoin pour continuer cette course à la vie.

Aujourd’hui, dans cette atmosphère si pesante d’épidémie mondiale, il me semble indispensable de comprendre ce qui fait chacun de nous. Écrire, méditer, se confier permet à l’instar de l’association libre psychanalytique de saisir le sens des événements. Répondre – si ce n’est partiellement – à cette formule « Pourquoi as-tu fait médecine ? »  aide à puiser profondément en nous les ressources nécessaire pour continuer ce combat face à la mort et la maladie.

« Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut savoir où il va car il ne sait pas où il est. En ce sens le passé est la rampe de lancement vers l’avenir »

Otto von Bismarck

à mon grand-père

La peste

Depuis plusieurs jours, le carnet noir de moleskine se couvre de réflexions, de gribouillis en fin de page, de notes dans la marge, de mots sombres : « pandémie », « gène respiratoire », « peur ». Et s’il me reste de nombreuses anecdotes à partager, il me semble important d’écrire aujourd’hui.

Depuis plusieurs mois, ce roi des virus, cette peste couronnées s’engouffre dans nos foyers, nous enlace de ses longs bras décharnés, nous embrasse de ses lèvres fendues. Insidieusement elle gagne du terrain, se répand, nous échappe. De tout son poids, elle s’abat sur la cage thoracique des plus fragiles, imprègne leurs alvéoles, les étouffe silencieusement.

Depuis toujours l’homme connait la maladie, punition divine d’autrefois, sorcellerie puis miasmes de la révolution industrielle. Chaque époque a connu son fléau : des sept plaies d’Égypte à la grippe espagnole, les archives regorgent de descriptions de ces ennemies invisibles. Toutes les grandes civilisations ont dû faire face à ces vipères de l’ombres aux noms plus qu’évocateurs : Le monstrueux typhus, l’abominable choléra, la vicieuse peste noire… Rome s’effondra sous la peste antonine et les amérindiens succombèrent à la variole sortie des caravelles des conquistadors.  

Aujourd’hui encore l’humanité fait face à ce terrible mal, ce grand linceul recouvrant une à une les villes, un à un les pays, empruntant comme à son habitude la route de la soie pour relier l’orient et l’occident, n’épargnant personne sur son passage.

Aujourd’hui, les ruelles se vident, l’enfermement devient la norme. A l’ère du numérique et de la mondialisation, l’homme vit alors un ermitage forcé, une retraite spirituelle contrainte : un retour aux valeurs essentielles. Souvent cet isolement est bien toléré, et permet même un juste questionnement, ce que raconte l’écrivain Sylvain Tesson du fond de sa cabane « dans les forêts de Sibérie ». Mais, comme le souligne l’histoire et les récits médicaux, l’esprit puise parfois dans son environnement pour enrichir ses souffrances. Ainsi les plus fragiles ne supportent pas la solitude et n’espèrent leur délivrance que dans la mort, tandis que d’autres se précipitent aux urgences croyant détenir le remède qui sauvera l’humanité.

Le temps ralenti, pourtant les hôpitaux, les centres de soins, les urgences se préparent. Des services de réanimation remplacent les blocs opératoires, les étudiants sont appelés à réguler pour le SAMU, les internes s’organisent et se forment. C’est toute la machine publique qui se met branle : les écrous sont huilés, les rouages tournent et la logistique suit. 

Le temps se suspend, chacun tend l’oreille. Au loin – comme le décrit un interne d’orthopédie – l’océan se retire, le vent disparait, place au silence. Une atmosphère pesante, une tension interne, un gout amer :  la vague de malade va bientôt déferler, espérons qu’elle se brise sur la digue des soignants.

« Et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser. »

A. Camus – La peste

Doctor Del

L’alcool

Depuis toujours l’homme cherche tantôt à éveiller, émerveiller ses sens, tantôt à endormir, apaiser ses craintes. La transe, cette ivresse profane, cette extase mystique transporte les individus et perdure dans les époques. L’humanité n’a-t-elle pas domestiquée le blé et l’orge pour produire de la bière avant même le pain ? L’hydromel, ce nectar utilisé pour les rites chamaniques, plongeait ainsi les premiers hommes dans le doux engourdissement des fruits fermentés. De ces froides et longues nuits au pieds des rocs ou dans les steppes arides nous retenons contes, visions et oracles. Serait-ce notre amour pour la boisson qui déclencha alors la révolution néolithique, l’agriculture, la domestication ?

 Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ? 

Célèbre phrase d’Alfred de Musset pour évoquer cette amour justement. Partout, d’un pôle à l’autre, dans toutes les cultures : « l’aqua vitae » occupe une place de choix. De la genèse de la bible au poème d’Omar Khayyam, cette boisson parfois sucrée, parfois amer, distillée, filtrée, chauffée nous accompagne.

« Bienvenue en unité de sevrage complexe, voilà tes huit lits » me dit mon chef en novembre dernier. De l’addictologie je connaissais peu de choses, je gardais bien sur la vision biaisée des médias : la musique de « requiem for a dream » raisonnant alors dans ma tête et le patient à l’haleine chargée des urgences ronflant toujours dans un coin de mon crâne. J’allais en réalité découvrir le monde des aiguilles, de la poudre et des alcoolisations massives. 

« Ce sont les patients qui nous apprennent le plus et nous explique notre métier » conclu t’il après son tour. Jamais phrase ancrée mon carnet de moleskine ne me sembla plus juste. Ainsi lorsqu’Erwan Gramand m’envoya un mail pour me demander d’écrire sur son livre, il me parut juste de lui laisser la parole.

Si Joseph Kessel dans « avec les alcooliques anonymes » s’intéresse aux groupes, à cette masse de malades qui arpente jours et nuits la Bowery, Erwan axe son écrit sur l’individu.  Alors, sans filtre, avec ses mots : simples mais forts, il nous dresse son portrait, raconte son « détour par l’enfer ».
Il nous saisit par le col, nous emmène dans les soirées open-bars étudiantes y chercher l’ivresse. Lentement on l’observe plonger, se noyer dans la boisson, frôler la mort. Sa vie est celle d’un « addict », entrecoupée de moment de répit au contrôle illusoire, avant la prochaine rechute, plus violente encore.

En cent pages, l’auteur nous brosse son parcours : croquis raturés, pages arachées, jusqu’à une rédemption par l’amour. L’amour et l’alcool, indissociable et pourtant si différent. Il se confie, parle au lecteur, s’analyse, s’amusant ainsi à s’allonger sur ce divan symbolique qu’est la page blanche. Si l’abstinence est acquise il sait que c’est au prix de la compréhension et du partage.

Chaque idée reçue est finement démontée, décortiquée, expliquée « je considérais que c’était un vice et qu’il suffisait d’un peu de volonté pour arrêter » et la culpabilité des premiers chapitres fait place à une résolution, celle de s’en sortir de transmettre, d’aller plus loin. Ainsi, paradoxalement tout en nous entrainant avec lui dans une spirale au gout âcre et à l’odeur d’éthanol, il se dévoile et expose les raisons de sa motivation finale.

« Un alcoolique qui parle à un autre alcoolique » voici résumé, raccourci, le credo des A.A. Ici Erwan s’adresse à lui-même d’abord mais surtout à tous : il existe des vulnérabilités, la sienne s’est révélée à 18 ans « Ce soir, tu as 18 ans, tu boiras donc 18 verres de vin. » mais l’alcoolisme, le trouble de l’usage de l’alcool comme le nomme désormais le DSM est une maladie, et son remède passe par les écrits et la parole. Il ne vous reste plus qu’à dévorer ce témoignage pour vous en persuader.

Vous trouverez sans souci le livre d'Erwan Gramand (@Egramand)  sur Amazon, en effet, il s'agit d'une autoédition.
Avec en bonus, une préfrace de Laurent Karila 🙂 

Le Truand

Des étincelles, des flammes et du charbon, les Peaky Blinders s’avancent dans les rues de Birmingham. Tenues impeccables, manteaux virevoltants dans la poussière et casquette en Tweed. La plume aiguisée de Steven Knight nous fait ainsi redécouvrir l’Angleterre d’après-guerre, la grande Bretagne des années 20. Nous suivons l’épopée familiale des Shelby, gens du voyages sédentarisés, méprisés par les uns, terrorisant les autres, qui s’élèvent progressivement dans la société usant de ruses et de truanderies. Entre rencontres improbables avec le jeune Winston Churchill et déboires avec l’IRA le spectateur se plonge dans un univers industriel façonné par intrigues et conspirations.

Si le fameux carnet de moleskine noir me sert habituellement à noter mes expériences et aventures personnelles, récemment, il fut le lieu d’une analyse, d’une réflexion sur le fabuleux personnage de Thomas Shelby. Meneur de danse, maestro et patriarche incontesté de cette famille. Il dirige d’une main de maître ses affaires : courses et paris hippiques, distilleries clandestines, trafics d’armes, rien ne lui échappe. Pourtant il lui arrive – tout comme son frère, Arthur – de perdre le contrôle. Pourquoi ?

Que cache-t-il derrière ses regards sombres et silencieux ?

« J’avais perdu tout, sauf vivre. Plus de direction. Plus guère de corps. Plus d’identité : exit »

André Malraux, Lazare.

Dans l’évangile, Lazare revient à la vie, mais autour de lui tout semble avoir changé, le monde lui parait hostile, les autres ne le comprennent pas. En réalité, c’est lui qui a changé – ainsi débute l’essai du Professeur Clervoy, psychiatre militaire, sur les traumatismes psychiques. Le traumatisme, du grec « trau » : percé, est la blessure mais surtout la cicatrice. Une cicatrice profonde, laissée par quatre ans de guerres, quatre années aux odeurs de poudre, boue, mêlées de sang.

Quelle-fut cette expérience traumatique, cette scène initiale ? La bataille de la Somme ? Son rôle de sapeur, enfermé dans un tunnel sombre, humide à creuser jour et nuit, à surveiller les bruits des forces ennemies ? La mort de son épouse, de son frère ?

Ainsi, pathognomonique de l’état de stress post traumatique, Thomas Shelby souffre de reviviscences, itératives, involontaires et intrusives. Les cauchemars, et ces bruits de bèche dans les tranchées, l’odeur de la poudre, les coups de feu lui rappelant l’enfer de la France, qu’il tente d’atténuer par des prises d’opium et de whisky.  Cette « solution chimique » souvent efficace dans un premier temps permet de mettre à distance, de refouler les symptômes anxieux, mais est rapidement débordé par des effets indésirables comme la perte de contrôle, l’effet apaisant initial se dissipe, la tolérance s’installe entrainant une augmentation des consommations.

L’hypervigilance et les troubles du sommeil sont également retrouvés dans ce tableau clinique, une incapacité à trouver le sommeil et par moment des hallucinations hypnagogiques lors de la baisse de la vigilance, avec les fameuses apparitions de Grace dans la dernière saison.

Dans le même registre, on note une réactivité neurovégétative accrue, les indices rappelant la situation traumatique, l’environnement initial, déclenchent des réactions en chaine : augmentation de la fréquence cardiaque, du rythme respiratoire, pâleur cutanée…

Enfin, une dimension dépressive, une dysphorie semble présente avec un émoussement affectif, cette incapacité à éprouver tendresse et affection pour son entourage, un retrait dans les relations interpersonnelles, une morosité par moment.  

Dès l’Antiquité, on note des descriptions d’état de stress post-traumatique, la cécité brutale et réactionnelle d’Epizelos, combattant athénien à la bataille de Marathon après qu’un adversaire ait égorgé sous ses yeux son compagnon d’arme ; les archives de Charreton et la Pitié-Salpêtrière excavées par Laure Murat (l’Homme qui se prenait pour Napoléon, 2011) où l’on retrouve des traces de la « folie de la révolution » suite aux massacres de la Terreur. Mais, c’est véritablement Oppenheim, psychiatre allemand du XIXe qui introduira le premier, le terme de « névrose traumatique », analysant les symptômes et l’état psychique des cheminots après les accidents de train, rapportant les reviviscences et les obsessions dont ils sont victimes. En France, Janet montrera l’intérêt de l’hypnose et son effet cathartique dans le traitement de « l’hystérie traumatique ». La psychanalyse s’intéressera elle aussi au traumatisme et Freud adoptera lui, le terme de « réminiscence ». L’horreur des camps de concentration, ce syndrome transgénérationnel du survivant caractérisé par la culpabilité, la dépression et l’anxiété marquera plusieurs générations et verra l’apparition de nouvelle psychothérapies (Victor Frankl, découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie, 1988). Cependant, Il faudra attendre plusieurs guerres pour qu’en 1980 apparaisse dans le DSM-III la dénomination d’ESTP et que de véritables recherches soient lancées pour son traitement.  

Pour finir, m’inspirant de Patrick Lemoine, voici une fiche résumée de cette « analyse Psy » de Thomas Shelby :

Mon diagnostic : 
État de stress post traumatique compliqué d’un trouble de l’usage de l’alcool  

Mon traitement : 
- De l’Hydroxyzine en cas d’attaque de panique (crise d’angoisse)
- Du Propanolol, un bétabloquant, dont les études sont prometteuses
- Et surtout une thérapie par EMDR, qui est une technique de soins qui permet de retraiter des vécus traumatiques pour en enlever le caractère émotionnellement invalidant
- Une prise en charge addictologique avec groupe de parole, réduction des risques et sevrage  

Les internes réclament une revalorisation de leur statut

Ambulanciers, infirmiers, médecins… Ils étaient un petit millier de soignants hospitaliers à s’être donné rendez-vous en fin de matinée devant l’hôpital Lariboisière dans le 10ème arrondissement de Paris. Dans ce cortège, des nouveaux arrivants ont rejoint la mobilisation, les internes.

«Je rêvais d’un autre monde » s’échappe de l’enceinte du camion blanc et violet de l’Union Syndicale Solidaires santé. Ce tube de Téléphone, célèbre groupe de rock des années 1980, Joséphine le fredonne, la pancarte « internes en colère » levée, dans la cour d’entrée de l’hôpital Lariboisière du 10ème arrondissement de Paris. Cela ne fait que deux mois que la jeune femme a intégré le service de cardiologie de l’hôpital, mais elle a tenu à venir dans la rue pour dénoncer les conditions de travail imposées aux internes.

« Ce qu’il se passe aujourd’hui dans les hôpitaux c’est que nous, les internes, sommes utilisés dans les services pour faire tout le boulot et on n’a plus le temps d’aller en cours ou de suivre des séminaires » explique-t-elle. Les larmes aux yeux, la jeune femme revêtue de sa blouse blanche pour laquelle elle a durement travaillé confie « je n’ai jamais pensé à arrêter mes études de médecine, mais si c’était à refaire je ne le referai pas, parce que c’est trop dur pour pas assez de reconnaissance au bout ».

Arrêter l’internat ? Bertrand y a déjà pensé. À quelques pas de la jeune femme, dans le cortège des blouses blanches et bleues des soignants hospitaliers, l’étudiant en fin d’internat dans le service psychiatrie de l’hôpital Pitié Salpêtrière, raconte. « J’ai déjà pensé à arrêter mon internat, explique-t-il. À un moment t’es tellement sous pression que tu te dis si je ne fais pas une petite pause de quelque temps, je vais faire en burn out ». C’est la seconde fois qu’il répond à l’appel du 10 décembre de l’InterSyndicale Nationale des Internes (Isni).

Aujourd’hui, il est venu avec des co-internes de l’hôpital où il exerce pour dénoncer la « décrépitude de l’hôpital public » et réclamer une amélioration de leur statut.

Une revalorisation du statut d’interne

« Tous les matins quand j’arrive au boulot, j’ai l’impression d’être face à un champ de ruine, raconte l’interne. Les locaux sont vétustes, le matériel est en panne, on ne peut pas travailler dans de telles conditions » interpelle‑t‑il. Il ironise « Les locaux de psychiatrie sont des locaux où même si tu n’arrives pas déprimé, tu en ressors déprimé ».La dégradation des bâtiments et du matériel n’est pas le seul problème pointé du doigt par Bertrand, il en est un plus ahurissant selon lui. Dans son service de psychiatrie pour adultes, l’interne dénonce un problème plus grave. Le manque de temps des internes pour discuter avec les patients, alors que la discussion reste « capitale en psychiatrie ». « Beaucoup de nos patients n’ont pas besoin d’un médicament mais de parler, explique‑t‑il. Le problème, c’est qu’aujourd’hui on a des dizaines de patients à voir et on n’a pas le temps de parler des doutes ou des craintes des patients. »

Des semaines de 56 à 70 heures de travail

Du temps, les internes en passent pourtant plus que prévu à l’hôpital. Selon leur syndicat, ils travaillent en moyenne de 56 à 70 heures par semaine, au lieu des 48 heures légales, pour un salaire 1 300 euros par mois. Bertrand réclame ainsi la revalorisation du statut d’interne. « On aimerait en tant qu’internes qu’on comptabilise nos journées de travail, dit-il. Il faut revaloriser le prix des gardes, parce qu’actuellement on gagne 120 euros par gardes. Ce n’est même pas un SMIC horaire, c’est peu pour la responsabilité que ça représente d’avoir les vies de patients entre nos mains toute la nuit ». Cette revalorisation, Del, interne en addictologie dans le même hôpital que Bertrand, la réclame lui-aussi et il souhaite le respect de leur statut de soignant. « Aujourd’hui, il n’y a plus de financement pour la formation alors elle se dégrade », déclare-t-il. Selon lui, il y a quelques années c’étaient les laboratoires qui finançaient les formations des internes, mais ces financements ont été supprimés et aucun organisme n’a pris la relève. L’étudiant exige également une « prime de vie chère » pour que tous les internes puissent partager le même niveau de vie. « Ce ne sont pas des grosses mesures, on demande juste à être respectés en tant que soignant » déclare-t-il. Un respect que les trois internes réclament à l’unisson.

Mais l’heure tourne. Arrivés place de la République, ils reprennent le chemin de l’hôpital où les patients les attendent. Certains n’ont pas réussi à venir toute la journée à cause du manque de personnels dans les services. Le devoir les rappelle. Ce temps hors de l’hôpital leur aura permis de montrer qu’ils défendent leur statut et l’hôpital public que l’un d’entre eux définit comme « le dernier rempart de la République ».

Solenne BERTRAND

Le cortège

Le haut-parleur grésille « Port-Royal », la rame commence à ralentir et alors que les portes s’ouvrent, les voyageurs sortent déjà de leurs sacs, leurs plus belles parures blanches. Dehors, des groupes s’organisent, des pancartes et banderoles aux slogans percutant se dressent. Du fond du boulevard une clameur nait, s’élève, prend forme « Sauvons l’hôpital publique ».

L’interne s’avance, c’est sa première manifestation. Il retrouve ses collègues sous la bannière des jeunes médecins, il portera ainsi fièrement son morceau de carton, videra ses poumons, sifflera et criera pour ceux qui ne le peuvent pas : pour les malades d’abord, pour ses amis réquisitionnés, pour le service public.

Si la majorité se sont donnée rendez-vous sur la capitale, partout en France des soignants se dressent, se donnent la main pour former – comme à Rouen – de longues chaines humaines, montrant ainsi leurs unions face aux désespoirs.

« On a tous une histoire à raconter » lance un infirmier à un micro qui lui est tendu. La marée blanche a attiré une foule de caméras, de perches et de scribes en tout genre. Eux aussi ont un rôle à jouer, celui de transmettre, de décrire, de comprendre la colère sourde des hôpitaux.

L’interne repense à son service, aux trop faibles moyens, à son unité qui a fermée en urgence par manque d’effectif. Une sensation nait dans son estomac, remonte lentement avant de le saisir à la gorge, sa respiration s’accélère. C’est la culpabilité, cette émotion désagréable qui le submerge de plus en plus souvent, cette insatisfaction, ce sentiment d’inutilité lié aux prises en charge qui s’allongent, trainent en longueur et affectent directement les malades.   

La clameur se fait de plus en plus grande, le cortège s’ébranle, s’ébouriffe, s’enflamme aux sons de la fanfare, ils sont fin-prêts à partir. Épaules contre épaules, ils progressent, protestent et réveillent ce Paris habitué depuis toujours aux chants révolutionnaires.

Un linceul recouvre la capitale, « tous en blouse » grondent certains. En Inde, le blanc est la couleur du deuil, et la métaphore en est plus forte, c’est tout un système qui pleure l’effondrement de l’hôpital. Rémi Salomon, chef de Service à Necker disait ainsi « l’hôpital c’est le dernier rempart de la république »

Certains passant applaudissent, un homme traversant le cortège, bicyclette à la main lancera un « courage » aux deux jeunes aides-soignantes qui agitent des drapeaux colorés.

Romain, jeune interne de cardiologie, rejoint, lui, tardivement la marche « je n’ai pas dormi cette nuit, j’étais de garde, mais il fallait que je sois là » glisse t ’il à son ami avant de lui emboiter le pas emmitouflé dans une énorme écharpe en maille.

10 000

Professeurs, praticiens, cliniciens, internes, externes, infirmiers, aides-soignants, brancardiers, sages-femmes ; l’hôpital s’est donné rendez-vous aux Invalides. De la fumées rouge épaisse s’élève, tournoie puis s’évapore dans l’air froid du mois de novembre. Les sirènes des pompiers côtoient les sifflets et autres pétards, l’air vibre autours d’eux, ils ne forment alors plus qu’une seule voix, celle de la raison, une oraison funèbre louant le service public.

Quelle sera la véritable réponse du gouvernement ? Pensent-ils vraiment que des primes suffiront à guérir les cœurs qui saignent ?  

Rendez-vous pour la prochaine Marche.

La souffrance

Le soleil de l’après-midi s’échappe du fin rideau de fer, projetant ses multiples faisceaux sur le mur blanc, une constellation de point lumineux dans ce petit volume sombre. Quelques mètres carrés accueillent ainsi un lit métallique, pieds vissés dans le carrelage.

Sortant de sa torpeur, l’homme se lève doucement et s’assoit au bord du matelas plastifié. Voilà plusieurs jours qu’il ne s’alimente plus ou peu, sa peau blanche presque translucide porte les marques de la dénutrition. Son ventre se creuse, sa peau est tendue entre chaque os comme les voiles des navires d’antan, ses mains décharnées s’agitent sous l’effet de l’angoisse mettant en branle ses tendons, ces haubans pris dans la tempêtes. Ses poignets gardent encore les tristes stigmates des liens d’autrefois, moment d’effroi, où les cocktails lytiques ne suffisaient plus à apaiser la souffrance et ou la douleur voulait s’évader par la mort. « Le suicide c’est envoyer le corps a une mort qui s’est déjà emparée de la psyché » expliquait Donald Winnicott, mais une faible étincelle perdure dans son regard, deux yeux noirs dont l’éclat brille toujours dans l’obscurité.

« Que voulez-vous ? » demande-t-il d’une voix grave, rocailleuse, semblant provenir du tréfonds de son être, de ses viscères, insufflé par son âme et amplifié par sa cage thoracique. D’habitude mutique, il observe, et s’étonne presque de la surprise qu’affiche mon visage. J’insiste pour qu’il mange, invoquant son état de santé, nos inquiétudes, mais il refuse et s’enferme dans cette opposition passive qui le caractérise évoquant avec délicatesse les injonctions divines guidant sa conduite.

Plusieurs fois par jour, il joint les mains remuant rapidement ses lèvres, priant. Son vocabulaire s’est enrichi de mots liturgiques empruntés aux différentes religions. Je découvre la clinique de l’automatisme mental si cher à de Clérambault avec ses phénomènes élémentaires, où le patient a la désagréable impression d’une désappropriation de sa pensée.

Pourtant, si la désorganisation de sa pensée qualifiait son état antérieur, il était alors possible de discuter : auteurs français, métaphysique et poésie. Les « fleurs du mal » l’accompagnait partout et il citait régulièrement la première strophe du « spleen ».

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits »

Ni la psychothérapie, la parole, le dialogue si souvent salvateur, ni la chimie moléculaire, cette association de neuroleptiques ne modifie sa santé psychique. De jour en jour, la maladie gagne du terrain comblant les espaces vides de sa vie, le réel quitte son esprit, les crises délirantes s’enchainent, se rapprochent et s’emparent de lui, puis tout bascule, et au rythme des violons du 2ème Concerto en G mineur des quatre saisons, il s’agite, vocifère tournoyant sur lui-même.

Si une lueur persiste dans son iris noire, la souffrance a submergé ses pupilles, des larmes de peurs débordent ainsi de ses yeux, traçant dans son visage meurtri des sillons de douleur. Ses sens sont empoisonnés par les hallucinations, ces voix tambourinant dans son crâne l’empêchent de trouver le repos. Son corps s’effondre, ses muscles s’atrophient, la vie se consume.

Les réunions médicales, paramédicales, éthiques se suivent et se ressemblent. Elles sont à la recherche de la meilleure prise en charge, de la meilleure procédure. Courrier, e-mail, lettres de liaisons parcourent les services universitaires à la recherche de la vérité.

Soudain, il se dresse, de sa main repousse mon épaule et m’écarte pour franchir la porte. Il court, ses muscles se tendent et déploient leurs restes d’énergies dans un objectif unique : la course. Ses pieds nues foulent le sol des couloirs, il tourne à gauche puis à droite. Les blouses blanches volent et virevoltent dans les escaliers, les bruits de pas s’intensifient. Il termine son marathon dans le jardin, inspire profondément puis me lâche en regagnant sa chambre « j’ai bien aimé jouer avec vous aujourd’hui »  

Femmes et conflits armés

Au loin, quelques voitures klaxonnent. Le soleil, lui, se lève à peine sur le jardin du Luxembourg, ses rayons réchauffant quelques rêveur assis sur leurs bancs. Des hommes aux costumes impeccables et attaché-cases côtoient ici et là des marathoniens en sueurs s’étirant contre un arbre. Je me faufile parmi eux pour atteindre la porte du Sénat.
Le Bal commence, sécurité, tapis roulant, portique, me voici parvenu à ma destination le 4ème Colloque : droits et santé des femmes : « Femmes et conflits armés » organisé par l’ONG action santé femme.

Confortablement installé, moleskine sur les genoux et Bic en bouche j’observe. Une grande salle aux fauteuils bleus, pratiquement remplie. Des femmes de tous horizons, des médecins, des journalistes, des psychologues, des passionnées attendent patiemment la musique.

Le Docteur André Benbassa ouvre alors la danse avec un discours présentant les différentes missions de son ONG, leurs terrains d’actions et ses membres. Il conclue par une vidéo résumant le parcours du célèbre gynécologue et prix Nobel de la paix 2018, le professeur Denis Mukwege, malheureusement absent.

La Valse se poursuit par l’intervention de la journaliste de guerre Anne Nivat, qui évoque, se raccrochant à ses souvenirs, le rôle de la femme en temps de guerre, celui de la survie. « Je suis une femme de passage, on peut me confier des choses ». Elle raconte l’amour qui perdure sous les bombes, l’attente et le fait que chaque soir on s’étonne d’être toujours en vie.

La présidente d’Amnesty internationale France, Amapola Limballe explique ensuite que le « conflit ne s’arrête pas quand les hostilités cessent », ainsi, le viol, utilisé comme arme de guerre laisse des stigmates sur des générations : femmes excluent de leurs communautés, enfants abandonnés, la violence s’éternise et les blessures mettent du temps à cicatriser.

Elise Boghossian témoigne sur le sort des femmes Yezidis, elle nous parle de leurs détresses, des actes atroces dont elles ont été victime, de ce « marché sexuel » que certaines ont vécu. Elle enchaine ensuite sur celui des « femmes de Daesh », laissées pour compte, abandonnées, qu’il faut, selon elle accompagner pour ne pas que les erreurs du passé ne se reproduisent.

Ces femmes sont aussi des mères. Souvent seules dans les camps de réfugiés, elles mettent au monde leurs enfants, les élèvent, les éduquent entre les tentes et les baraquements qui s’alignent dans le désert.
Ainsi, l’obstétricien Xavier Duval-Arnould et la sage-femme Gwenola Chauvet partagerons leurs expériences. Les césariennes réalisées à la tombée de la nuit, sous une tempête de sable ; ces femmes courageuses qui les ont marqués, la résilience de certaines et l’esprit combatif de d’autres.
La psychologue Elisabeth Dozio s’interrogera sur les interactions mère-bébés, sur les « non-dit », sur cette transmission trans-générationnelle du traumatisme nous laissant avec quelques pistes de soins.

Ces femmes voyagent, parcourent des kilomètres pour échapper à la guerre, la famine, traversent des mers de sables et des étendus d’eaux sombres. Deux voix s’élèvent, deux histoires: celle d’une migrante qui décrit la faim, la marche, l’espoir et celle du médecin humanitaire Guy Causse qui nous fait part de sa longue expérience.  

Puis, au bout du chemin, la reconstruction et peut-être la paix comme le souligne la pédopsychiatre Marie Rose Moro « ces femmes se réinventent, une réinvention de soi et du lien sociale ». L’innommable, ce soupir traumatique doit être travaillé et transformé pour aider et accompagner les victimes.

Et finalement, pour se reconstruire il faut refaire le chemin, remonter ce fil de la pensée, dénouer les nœuds et continuer d’avancer.